Modifier le groupe sanguin d’un rein à greffer : une avancée scientifique majeure !

Article du 16 mai 2023

Alors que des milliers de patients sont en attente d’une greffe de reins, et que, selon l’agence de biomédecine, ce sont près de quatre patients sur dix qui attendent entre un et trois ans pour pouvoir en bénéficier, les avancées de la recherche pourraient permettre aux insuffisants rénaux de voir ce temps d’attente considérablement réduit ! Focus sur une importante découverte scientifique au niveau du groupe sanguin.

Etat des lieux de la greffe de reins en France

La transplantation rénale fait partie des greffes les plus pratiquées à l’échelle nationale. Pourtant le temps d’attente est important pour les insuffisants rénaux. A cela plusieurs raisons : Il existe d’importantes disparités en termes de taux d’inscription selon les régions françaises, mais aussi un lien avec l’âge, le niveau d’éducation, la précarité indépendamment des critères médicaux. Ce temps d’attente peut également être très variable en fonction de la compatibilité des groupes sanguins entre le donneur et le receveur.

Si de nombreux patients attendent de recevoir un greffon d’un donneur décédé, d’autres ont la chance de pouvoir bénéficier d’une greffe dite « préemptive » : le rein provient alors d’un donneur vivant et permet généralement au patient de se faire greffer avant même de devoir être dialysé.

Ce donneur doit en revanche, être un proche du malade, à savoir :

  • Un parent (père, mère) ;
  • Un enfant ;
  • Un frère ou une sœur ;
  • Un(e) cousin(e) ;
  • Un oncle ou une tante ;
  • Un(e) conjoint(e).

Cette alternative est fortement plébiscitée car lorsque les patients sont sur liste d’attente, les délais pour bénéficier d’une greffe sont très variables allant de quelques mois à plusieurs années.

Quelques chiffres clés

 

  • En 2019, en France, 3 643 greffes rénales ont été effectuées, dont 510 grâce à un don du vivant (soit 14%).
  • En 2020, 2595 greffes rénales ont été effectuées dont 390 grâce à un don du vivant (soit 15%).
  • En 2021, 3252 greffes dont 502 ont été réalisées à partir d’un don du vivant.

o   Fin 2022, on recensait 9890 patients inscrits sur la liste d’attente active pour une greffe de reins.

 

Rappel des conditions nécessaires pour bénéficier d’une greffe de reins

La transplantation rénale consiste à implanter un rein sain provenant d’un donneur, décédé ou vivant. Pour pouvoir en bénéficier, le recevoir doit au préalable réaliser un bilan de santé complet. Il vise à s’assurer que son état de santé lui permet bien de recevoir cet organe et que celui-ci ait toutes les chances de survie.

Si certaines contre-indications comme un cancer, une maladie infectieuse, cardio-vasculaire ou respiratoire ou encore une obésité ne permettent pas de bénéficier d’une greffe, d’autres points sont également à prendre en compte.

Ce test consiste à mettre en contact les anticorps du receveur avec des ganglions prélevés chez le donneur. Cette mise en relation permet de savoir s’il n’y a pas de risque de rejet par le patient receveur.

Le groupe sanguin et le rhésus constituent également un critère de recevabilité indispensable. Lors d’une transplantation, il est nécessaire d’évaluer cette comptabilité sanguine entre le donneur et le receveur. Il existe en effet trois groupes sanguins : le A, le B et le O. Tous ne sont pas compatibles entre eux. Un patient de groupe A, ne peut pas recevoir un rein (ou tout autre organe) provenant d’un donneur avec un sang du groupe B et vice-versa.

Pourquoi cette incompatibilité ?

Les groupes sanguins sont définis selon deux classifications :

  • Par le système A, B ou O ;
  • Par le rhésus (positif ou négatif).

Selon le classement A, B ou O, quatre groupes sanguins existent :

  • Le groupe A : il contient uniquement l’antigène* A et des anticorps* anti-B ;
  • Le groupe B : il contient l’antigène B et des anticorps anti-A ;
  • Le groupe AB: il est composé des deux antigènes et qui n’a donc en conséquence aucun anticorps.

* L’antigène est une substance repérée par le système de défense de l’organisme (système immunitaire) qui produit alors un anticorps pour la détruire. L’anticorps se lie spécifiquement à l’antigène, à la manière d’une clé adaptée à une serrure.

* L’anticorps est une substance de défense produite par certains globules blancs en réaction à une substance étrangère, un antigène. L’anticorps la reconnaît comme n’appartenant pas à l’individu et la détruit.

  • Le groupe O : il ne contient aucun antigène et convient à tous les autres groupes sanguins. Il est dit « universel ».

En combinant ces deux systèmes, on obtient huit groupes sanguins : 

  • Le groupe sanguin A-
  • Le groupe sanguin A+
  • Le groupe sanguin B-
  • Le groupe sanguin B+
  • Le groupe sanguin AB-
  • Le groupe sanguin AB+
  • Le groupe sanguin O-
  • Le groupe sanguin O+

Cette compatibilité dépend également du système HLA (Human Leucocyte Antigen) qui détermine les caractéristiques génétiques liées aux globules blancs et permettent au système immunitaire de différencier ce qui appartient à son organisme de ce qui lui est étranger.

Modifier le groupe sanguin d’un rein à greffer : une avancée scientifique majeure !

Des chercheurs britanniques sont parvenus à modifier le groupe sanguin de plusieurs reins de donneurs décédés pour les rendre universels. Une première mondiale réalisée par le professeur Mike Nicholson et la doctorante Serena MacMillan.

Pour parvenir à cette prouesse scientifique, ils ont utilisé une machine de perfusion normothermique. Il s’agit d’un appareil qui se connecte à un rein humain pour faire passer le sang oxygéné à travers l’organe afin de mieux le préserver pour une utilisation future. Les chercheurs ont utilisé une enzyme* visant à éliminer tous les marqueurs de groupe sanguin présents dans les reins. Cette technique a rendu automatiquement l’organe du groupe sanguin O en seulement quelques heures, car ce groupe n’a aucun marqueur spécifique, contrairement aux groupes A et B.

Un formidable espoir pour des milliers de patients

Cette conversion vers le groupe sanguin O soit « universel », constitue une avancée monumentale pour des milliers de patients en attente d’une greffe et faisant face à une incompatibilité sanguine. Ce procédé encore expérimental, permettrait aux patients dans un avenir proche, non seulement de bénéficier d’une greffe rénale sans tenir compte de son groupe sanguin mais également de limiter le risque de rejet de l’organe transplanté.

Sources :

 

* L’enzyme est une protéine présente dans les cellules et qui a pour fonction de faciliter les réactions chimiques qui s’y produisent. Par exemple, lors de la digestion, ce sont des enzymes qui accélèrent la décomposition et la transformation des aliments avant leur absorption.

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