Thérapies digitales en néphrologie : redonner le contrôle au patient

Article du 14 Avril 2022

Depuis une vingtaine d’années, les thérapies digitales représentent une approche qui permet d’impliquer les patients dans leur traitement, et les mettre à contribution dans le processus de leur guérison. Rappel de prise des médicaments, diffusion d’informations, suivi-patient : les thérapies digitales parviennent à instaurer un cadre qui favorise la rémission. En néphrologie, la méthode des thérapies digitales débute et quelques applications sont déjà disponibles pour accompagner les patients.

L’essor des thérapies digitales

Solutions numériques sous forme d’application mobile, jeu vidéo thérapeutique ou encore solution de réalité augmentée : les thérapies digitales se déclinent sous de nombreuses formes. Leur objectif est de stimuler une collaboration du patient dans sa cure en collectant des données patients qui pourront être consultées en temps voulu par le médecin concerné.

En France, certaines applications mobiles sont même soutenues par le système de santé et remboursées par l’assurance maladie au patient. C’est le cas de Moovcare, une plateforme numérique lancée par Sivan Innovation. Ce logiciel de télésurveillance est voué au traitement du cancer du poumon. Un questionnaire adressé chaque semaine aux patients permet de collecter les réponses, les analyser grâce à une intelligence artificielle, et générer des alertes qui seront reçues par les équipes soignantes si l’outil détecte des rechutes ou complications.

Les thérapies digitales sont pertinentes en particulier pour l’accompagnement long terme de certaines maladies chroniques ou qui durent des années – diabète, cancer, addictions. De nombreuses startups dans le domaine de la santé se sont lancées dans les thérapies digitales, parfois soutenues par des groupes pharmaceutiques ou des fonds d’investissement. Il faut toutefois distinguer les applications de thérapies digitales des applications “bien-être” qui ont fleuri sur les Appstores, et dont les bénéfices patients ne sont que rarement prouvés.

Impliquer les patients et faire remonter les données aux équipes soignantes

Les thérapies digitales visent à instaurer un lien virtuel entre le patient et l’équipe soignante, motiver le patient à observer son traitement et renseigner les malades sur leur pathologie. Des rappels, la collecte de données et de retour-patient sur leurs symptômes et leur état de santé permet de constituer un historique de l’état général du sujet pris en charge.

Ce mode de traitement, complémentaire à une prise en charge traditionnelle par un médecin et son équipe, vise à guider les patients et à les inciter à adopter un comportement vertueux pour guérir de leur maladie : observance, gymnastique, exercices, de façon parfois ludique.

En néphrologie, les thérapies digitales en sont à leurs débuts

Certaines pathologies long-terme avec prise en charge ambulatoire nécessitent de la part du patient une gestion au quotidien de leur traitement de façon autonome. C’est notamment le cas du cancer du rein, qui touche 43 000 personnes en France. L’application Mémo Rein, développée par le laboratoire Pfizer, vise à accompagner les patients dans l’observance de leur traitement oral en cas de cancer métastatique. Cette app digitale a pour objet de rappeler les rendez-vous médicaux, prévenir contre les effets indésirables, rappeler la prise de médicaments ; en un mot, motiver l’observance du traitement.

De même, les applications Mobydi et Miku développées par Carealytix accompagnent les patients dialysés. Toutes deux renseignent notamment les patients sur la localisation géographique des centres de dialyses au cas où les patients seraient amenés à voyager.

L’application NutriDial de Sanofi accompagne elle aussi les patients au quotidien. Cette application permet d’évaluer la teneur en phosphore, potassium et sodium des aliments consommés, et d’obtenir un suivi personnalisé des objectifs de consommation quotidienne de protéines. Reinbow fonctionne sur le même principe et aide les personnes dialysées à atteindre leurs objectifs nutritionnels personnalisés en évaluant leurs apports alimentaires au quotidien.

La dialyse à domicile connectée

En France, près de trois millions de personnes sont victimes de maladie rénale chronique, dont 80 000 dont les reins ne fonctionnent plus. Alternative à la transplantation, le traitement par dialyse est souvent opéré en centre (hémodialyse) mais de plus en plus à domicile (dialyse péritonéale). L’avantage de la dialyse à domicile : elle peut être effectuée en toute autonomie chez le patient, de jour (dialyse péritonéale continue ambulatoire), ou la nuit au moyen d’un dispositif (dialyse péritonéale automatisée) que l’on débranche le matin.

Ce dispositif collecte les données-clefs comme la tension artérielle, la durée de la dialyse, la prise de poids. Ces informations sécurisées peuvent être consultées par les équipes de soins, qui seront alertées en cas de d’anomalie, même si le patient a voyagé et n’est pas physiquement sur son lieu de résidence habituel. Cette solution permet un parcours intégralement digitalisé du patient dialysé, pour améliorer sa prise en charge globale.

La non-observance d’un traitement met en péril la guérison et favorise les rechutes. Les thérapies digitales interviennent au contraire pour améliorer la qualité de vie des patients et réduire les risques d’hospitalisation.

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