La régénération des cellules rénales : un espoir pour l’avenir

Article du 16 juin 2023

Avec six millions de patients touchés par une insuffisance rénale en France, cette pathologie fait l’objet de nombreux travaux de recherche scientifiques, afin d’offrir aux patients de nouvelles alternatives thérapeutiques. De nouvelles avancées majeures mettent aujourd’hui en avant le pouvoir régénératif de certaines cellules qui assurent le bon fonctionnement des reins. Focus sur ces nouvelles découvertes et leurs fondements…

Le rein, un organe essentiel à la bonne santé

Les reins sont des organes vitaux. Ils ont la charge d’éliminer les toxines et les déchets présents dans le sang. En cas de défaillance, ils n’assurent plus correctement cette fonction. Dans la majorité des cas, les personnes touchées par un problème aux reins ne commencent à présenter des symptômes qu’à un stade avancé de la maladie. Ses causes sont multiples et parfois méconnues. Elles mêlent des facteurs génétiques, environnementaux et dégénératifs. En vieillissant, et/ou, sous l’influence néfaste de maladies considérées comme des facteurs déclencheurs d’une insuffisance rénale, comme le diabète ou l’hypertension artérielle, cet organe s’affaiblit au point de ne plus remplir parfaitement ses fonctions. On parle alors « d’insuffisance rénale ».

Si la prédisposition génétique ainsi que les anti-fibrotiques et les voies de signalisation de la fibrose rénale ont été le plus souvent étudiés, de récents travaux de recherche portent quant à eux, une attention plus particulière à la régénération des cellules présentes dans les reins.

Qu’entendons-nous par régénération ?

Bien qu’une dent cassée ne puisse se reconstituer ou qu’un membre amputé ne repoussera jamais, le corps est toutefois en constant renouvellement cellulaire. Naturellement, il élimine les cellules mortes et en génère de nouvelles. Ce processus est infini.

Quelques exemples :

  • La peau perd des millions de cellules chaque jour. Nous bénéficions chaque mois en moyenne, d’une nouvelle couche de cellules cutanées.
  • Les cellules présentent à l’intérieur de l’estomac se régénèrent en continu pour résister à leur environnement acide. Toutes les semaines et selon le type d’alimentation, sa paroi est renouvelée.
  • Le tissu osseux quant à lui, est entièrement remplacé tous les dix ans environ.

Plusieurs équipes de recherche se sont alors concentrées à étudier la capacité des reins à se régénérer en explorant ses différents mécanismes à partir des cellules qui les composent. Des travaux de recherche ont notamment permis d’apporter un éclairage sur les mécanismes intervenant dans la détérioration des podocytes. La diminution de ces cellules joue un rôle déterminant dans la progression des maladies rénales. Mieux comprendre les différentes étapes de leur détérioration peut permettre d’identifier des cibles pour ralentir cette dégradation.

Des travaux qui valorisent la médecine régénérative

Des travaux menés par le docteur Marina Shkreli (unité 1081 Inserm/CNRS/Université Côte d’Azur, Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement (Ircan) à Nice), portent sur la régénération cellulaire.

Il existerait, un mécanisme de régénération modulé par une enzyme nommée “télomérase”. Une stimulation pharmacologique permettrait d’aider le rein à retrouver ses fonctions physiologiques. 

La télomérase est une enzyme aujourd’hui bien connue dans les processus liés au vieillissement. Elle assure la stabilité des extrémités des chromosomes, sans lesquelles les cellules meurent. Elle joue aussi un rôle dans les processus de cancérisation puisqu’elle favorise l’évolution tumorale lorsqu’elle est surexprimée. Mais selon certains chercheurs, cette dernière aurait également des fonctions annexes, dites « non canoniques ». L’équipe du Professeur Marina Shkreli semble en avoir décrit une nouvelle : la modulation de la régénération de certaines cellules rénales. Sa surexpression stimulerait le renouvellement des podocytes, des cellules en charge de régir la filtration rénale, qui, la plupart du temps, sont détruites dans l’insuffisance rénale.

Parce que ces résultats suggèrent que le rein adulte possède des capacités de régénération intrinsèques, modulées par la télomérase, des perspectives intéressantes se dessinent pour lutter contre l’insuffisance rénale chronique. La surexpression transitoire de la télomérase stimulerait le renouvellement des podocytes et son absence empêcherait leur régénération. L’ensemble de ces résultats suggèrent donc que le rein aurait des capacités de régénération intrinsèques, mais celles-ci sont naturellement insuffisantes pour compenser la perte de podocytes en cause dans l’insuffisance rénale.

La chercheuse se fixe également comme objectif de comprendre pourquoi la régénération est insuffisante. Une connaissance qui pourrait aider à développer des approches de médecine régénérative. Des médicaments spécifiques ciblant les différentes voies cellulaires possiblement en cause sont d’ailleurs déjà en développement. Les résultats de ces prochaines études pourraient révolutionner la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique.

Autre avancée scientifique majeure, les scientifiques de la Duke-NUS (Duke University and the National University of Singapore, Singapour) et du National Heart Centre Singapore (NHCS) ont accompli une prouesse médicale mondiale : la régénération d’un rein malade.

Ensemble, ils ont démontré que la thérapie régénérative pour restaurer la fonction rénale altérée pourrait bientôt être une possibilité. Ces travaux, publiés dans la revue Nature Communications, révèlent que le blocage d’une protéine immunorégulatrice inverse les dommages causés par les maladies rénales aiguës et chroniques.

Dans leur étude préclinique, l’équipe a découvert que le blocage d’une protéine nocive et cicatrisante appelée interleukine-11 (IL-11) permet aux cellules rénales endommagées de se régénérer, rétablissant la fonction rénale altérée en raison de maladies et de blessures aiguës. Leurs découvertes impliquent cette protéine dans le déclenchement d’une multitude de processus moléculaires en réponse à une lésion rénale qui entraîne une inflammation, une fibrose (cicatrisation) et une perte de fonction. Ils ont également découvert que l’inhibition de l’IL-11 avec un anticorps neutralisant peut prévenir et même inverser certaines lésions rénales.

Ces différentes découvertes récemment mises en lumière, constituent un nouvel espoir pour les patients insuffisants rénaux.

Sources :

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