Interview du Pr Guy Rostoker – Newsletter N°6

Publié le 09 Septembre 2021

Néphrologue à l’Hôpital Privé Claude Galien (groupe Ramsay-Santé) 

Recherche et dialyse, quelle stratégie post Covid ?

L’organisation des programmes de recherche diffère d’une structure à l’autre cependant le professeur Guy Rostoker, néphrologue à l’Hôpital privé Claude Galien (groupe Ramsay-Santé), chercheur clinicien depuis plus de trente ans et professeur associé au Collège de Médecine des Hôpitaux de Paris distingue trois niveaux d’études sur le thème du Covid.

Au niveau national, la recherche académique est menée grâce au registre REIN (Réseau épidémiologique et information en néphrologie). Ce registre est alimenté par l’ensemble des centres de dialyse privés, associatifs (ESPIC) et publics. « Cette collecte d’informations demande de la part des centres du temps mais elle est indispensable aux études », souligne le professeur Rostoker.

À l’échelle européenne, la société savante européenne de dialyse, de transplantation et de néphrologie (ERA-EDTA) a organisé un groupe de travail dénommé ERACODA dédié exclusivement à l’étude du Covid chez les patients dialysés et transplantés. Un certain nombre de centres français y participe dont le centre de dialyse de l’Hôpital Privé Claude Galien ; « Ceci nous permet d’être co-auteur des travaux publiés, indispensables à l’avancée de la recherche. »

Un dernier niveau de recherche concerne les études menées par les groupes d’hospitalisation. Ces études basées sur l’observation s’intéressent actuellement au suivi de la vaccination. « La particularité des réponses des patients dialysés, due à un système immunitaire spécifique, interroge les chercheurs. C’est pourquoi des travaux sont menés au niveau des CHU, des hôpitaux généraux, des associations de dialyse et des centres privés pour mieux comprendre les déterminants de la réponse vaccinale des dialysés. »

D’une manière générale, les études relatives au Covid portent autant sur une analyse des événements passés que sur une observation en temps réel. « Le registre REIN enregistre actuellement par exemple les informations relatives aux patients vaccinés et malgré tout atteints de la Covid. Ces différents projets cherchent à étudier le degré de protection apporté par la vaccination chez les dialysés. Il semblerait qu’il y ait aussi des différences en fonction des vaccins. Les études visent ainsi à évaluer par l’observation s’il existe ou non un différentiel de protection selon le taux d’anticorps anti-Spike. Ensuite, d’autres travaux viseront à en comprendre les mécanismes. »

Le degré de vaccination complète en population générale diffère entre le nord et le sud de la France, respectivement de 90 % et 60 %. « Ces pourcentages impactent très probablement la circulation du virus et affectent possiblement les dialysés malgré les mesures barrières strictes dans les centres de dialyse et globalement une bonne couverture vaccinale des patients dialysés et de leurs soignants. C’est pourquoi ces observations incitent les scientifiques à préconiser de manière continue de nouvelles stratégies. »

Des observations similaires ont été menées au début de la pandémie. Une circulation rapide du virus dans certaines régions a provoqué une contamination dans les centres de dialyse malgré les mesures sanitaires mises en place. « Les événements sociétaux extérieurs aux centres interagissent au-delà des règles établies en interne », souligne-t-il. Les données en vie réelle en population générale dans de nombreux pays permettent cependant de constater que la vaccination réduit de façon notable le risque de forme sévère et d’hospitalisation y compris vis à vis du variant delta (indien). « C’est dire à quel point les informations évolutives et collectées par le registre REIN sont précieuses. C’est donc un devoir collectif des centres (quel que soit leur statut) de renseigner le registre au-delà des études menées par les centres eux-mêmes. »

Le monde néphrologique a été très impacté par la crise de la Covid ; de nombreux patients dialysés ont été contaminés et le taux de mortalité aux alentours de 20 % est bien supérieur à la moyenne nationale malgré une réorganisation efficace des centres ; beaucoup d’espoir sont actuellement mis sur la vaccination par les néphrologues, les tutelles et les associations de malades. Les recherches courantes en néphrologie ont aussi été bouleversées. « Un nouvel équilibre doit être défini afin de reprendre les projets de recherche importants, indépendamment de l’épidémie. Cependant, les crédits ne pouvant être multipliés et sachant que la recherche sur la Covid doit se poursuivre, certaines thématiques peu porteuses risquent d’être évincées. » Il s’agit d’une problématique à laquelle l’ensemble du monde de la médecine est confronté.

« Désormais nous devons simultanément vivre avec la Covid, apprendre de la Covid mais aussi reprendre et poursuivre nos recherches antérieures. Avec la reprise d’une activité normale des travaux des ARC (attaché de recherche clinique) et le retour attendu d’une qualité de prise en charge des patients dialysés, j’espère qu’en 2022 nous retrouverons de nouveau une recherche plus traditionnelle tout en poursuivant l’étude des séquelles de la Covid chez les patients dialysés infectés mais aussi les séquelles rénales des patients infectés en population générale. Toutes les données enregistrées vont devoir être gérées, classifiées et analysées. »