Interview du Dr Brigitte THEVENIN LEMOINE – Newsletter N°14

Dr Brigitte THEVENIN LEMOINE,

Conseillère médicale, vice-présidente de France Rein

Ressources humaines, quelles solutions pour quelles priorités ?

La réflexion que mène France Rein sur les ressources humaines s’inscrit dans un contexte général extrêmement complexe. C’est pourquoi il est indispensable que les professionnels de santé, les représentants de toutes les fédérations et les associations de patients définissent ensemble un socle commun et entament un dialogue avec les organismes de tutelle.

Les singularités du fonctionnement du secteur de la dialyse : soins itératifs et indispensables à la survie du patient, doivent être appréhendés par les autorités afin d’éviter les réponses proposant un report ou une dégradation de soins qui sont inenvisageables.

Du fait de la technicité de la néphrologie, le personnel infirmier est difficilement interchangeable avec celui des autres départements d’un établissement, ce qui limite la main d’œuvre disponible. Actuellement, cette expertise n’est pas reconnue ni développée dans la formation initiale. Le fait de disposer d’un nombre de soignants insuffisant, ne permet pas de proposer une évolution des responsabilités qui permette d’éviter le risque de défection des salariés par lassitude.

Par ailleurs, le secteur de la dialyse doit intégrer les changements de mentalité dans le rapport au travail des nouvelles générations. Ces dernières aspirent à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle via une qualité de vie au travail : temps partiel souhaité, solutions de garde d’enfant même en horaire décalé, accès au logement à une distance raisonnable de son lieu de travail… Nous devons nous inspirer des expérimentations en cours.

À très court terme, la dialyse dispose de très peu de solutions. Seules, la modification des plannings – en supprimant des séances en soirée – et les incitations financières sont envisageables. Ces réorganisations se font généralement au détriment de l’objectif que France Rein s’est fixé de proposer une prise en charge adaptée au mode de vie de chaque patient.

À moyen terme, France Rein propose de repenser les prises en charge en dialyse qui permettrait la mise en place d’un parcours de soins respectant mieux l’autonomie et le projet de vie du patient, parallèlement à l’amélioration de la trajectoire professionnelle des soignants.

Pour ce faire, une meilleure sélection des candidats en début de cursus permettrait d’éviter les renoncements en cours de formation dus au niveau académique élevé ou à la réalité du métier. Les établissements doivent profiter du stage de 3e pour proposer une découverte des professions de la néphrologie et en particulier de la dialyse. Ces réflexions sont à mener avec les ministères de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse, et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

La diversification des modes d’exercice, (actions de prévention, information, ETP, suivi à domicile, passage de la dialyse à la transplantation…), a montré sur les sites où ce mode d’organisation a pu être mis en place, un effet positif sur la fidélisation des soignants.

France Rein appelle à un Plan Néphrologie qui rassemble toutes les parties prenantes pour une meilleure visibilité, une structuration et l’attribution de moyens indispensables à la qualité des soins et de vie pour les patients comme pour les soignants.