Interview de Julien SEIVE

Interview de la newsletter n°25 du 29 novembre 2023

Julien SEIVE,

Président du groupe sectoriel dialyse au Syndicat national de l’industrie des technologies médicales (Snitem) et dirigeant de Nipro médical France

Le jeudi 16 novembre 2023, le groupe sectoriel dialyse du Snitem recevait l’ensemble des parties prenantes du secteur. Qu’attendez-vous de ces rencontres ?

Dans le cadre des « Rendez-vous avec » du Snitem, le président et le vice-président de la Société francophone de néphrologie dialyse et transplantation (SFNDT), un membre de l’Agence de biomédecine, des directeurs d’établissements, le président de l’association des pharmaciens de dialyse, des médecins, cadres de santé et représentants de patients, et 100 % des industriels de la dialyse, ont croisé leurs regards sur la maladie rénale chronique terminale. Cette démarche répond au souhait des industriels de la dialyse d’être considérés comme une partie prenante active et à part entière dans les démarches engagées sur la renégociation des forfaits de dialyse. La participation de tous est indispensable pour continuer à proposer une dialyse innovante, de qualité, et pour que la France demeure un marché attractif.

Les industriels de la dialyse veulent participer aux échanges lorsqu’il s’agit de faire correspondre les besoins aux moyens. En effet, du fait des multiples « métiers » qu’ils exercent tout au long du parcours de soins (logistique, maintenance, formation…), l’approche selon laquelle les industriels de la dialyse sont de simples fournisseurs a atteint ses limites. La part du biomédical sur le budget global du secteur de la dialyse ne représente que 8 à 9 % des dépenses globales. Dans ces conditions, les négociations sur les tarifs ne permettent pas de réaliser des économies substantielles.

De plus, comme le secteur des dispositifs médicaux, le secteur industriel dédié à la maladie rénale chronique subit les contraintes du passage de la directive MDD (Medical device directive) à la régulation MDR (Medical device régulation). Le goulot d’étranglement né de la réduction de moitié des organismes notificateurs (38 désormais contre 80 auparavant), et de la hausse des niveaux d’exigence pour la sécurité et la qualité de la prise en charge font que les délais d’enregistrement oscillent désormais entre 18 et 24 mois. L’échéance de 2024 ne sera pas respectée et même reportée à 2027, il est évident que des suppressions et des retards dans l’enregistrement de produits seront observés.

Lors de ces rencontres, vous avez déploré l’excès de normalisation du système français, pourriez-vous nous citer des exemples précis ?

L’un des éléments clefs pour une dialyse de qualité vient de la fabrication d’une eau ultra pure. La France est le seul pays au monde à procéder à autant d’analyses de cette eau produite par des systèmes de traitement d’eau extrêmement performants. Ce principe de contrôle de la qualité – vertueux il y a 15 ans, avant les innovations des systèmes de traitement de l’eau – est aujourd’hui caduque.

De même, la France est le seul pays à imposer un double isolateur de pression sur les lignes à sang. Les machines sont équipées de systèmes internes de filtration permettant de s’affranchir de ces doubles sécurités.

Nous pensons qu’il est nécessaire de s’interroger sur la pertinence de certaines normes. Les obligations coûteuses et trop contraignantes découragent les industriels et nuisent à l’attractivité du marché français.

À quelles évolutions du secteur aspirez-vous ?

Les industriels sont sollicités pour entamer des démarches en faveur du développement durable. Simultanément, la majorité des établissements privés ont engagé des politiques RSE robustes. Nous remarquons cependant qu’en matière d’approvisionnement des produits biomédicaux, les pratiques n’ont pas toujours évolué en faveur d’une meilleure rationalisation. Les coûts de transport ont explosé ; ainsi chaque commande ou référence est coûteuse à acheminer. Il est de la responsabilité de tous d’optimiser les achats. Les établissements privés sont certes relativement disciplinés mais des efforts peuvent encore être réalisés. Les industriels, en partie responsables de ces comportements, collaborent afin que tout soit mis en œuvre pour promouvoir des pratiques plus vertueuses. Sans cela, des activités peu ou non rentables seront abandonnées par les industriels.

Les replays du colloque du Snitem

https://www.snitem.fr/les-publications/videos-snitem/rdv-avec-la-dialyse/

 

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