Comment dépister une maladie rénale ?

Article publié le 13 février 2023

Six millions de Français auraient une maladie rénale sans le savoir ! Un problème aux reins peut en effet demeurer longtemps silencieux. La pathologie évolue sans faire de bruit, sans douleur et ce, jusqu’à un stade avancé ! Elle est dite « asymptomatique ». Il est alors important d’effectuer un dépistage régulier pour vérifier leur bon fonctionnement et ainsi éviter une insuffisance rénale dite « terminale », c’est-à-dire quand les reins n’ont plus la capacité de fonctionner par eux-mêmes.

Chaque année, plus de 11 000 personnes apprennent qu’elles souffrent d’une insuffisance rénale chronique terminale. Ce dernier stade de la maladie implique alors une suppléance rénale soit par dialyse soit par transplantation rénale. Un dépistage effectué au moins une fois par an permettrait d’inverser les pronostics et de « sauver » les reins de nombreux malades.

Les reins sont des organes vitaux indispensables

Les reins ont la charge d’éliminer les toxines et les déchets présents dans le sang. En cas de défaillance, ils n’assurent plus correctement cette fonction. On parle alors « d’insuffisance rénale ». On distingue différents stades d’évolution :

  • Stade 1 : La fonction rénale est normale : le débit de filtration glomérulaire est supérieur ou égal à 90 ml/min/1,73 m2. La maladie est latente. Les symptômes sont limités.
  • Stade 2 : C’est le début de la maladie rénale chronique avec un débit de filtration glomérulaire légèrement diminué compris entre de 60 et 89 ml/min/1,73 m2. Un suivi de l’état de santé général du patient est recommandé pour tenter de ralentir la détérioration de la fonction rénale.
  • Stade 3 : L’insuffisance rénale est modérée : le débit de filtration glomérulaire est de 30 à 59 ml/min/1,73 m2. Les premiers symptômes apparaissent. Des programmes sont proposés aux patients pour empêcher ou ralentir l’évolution de la maladie.
  • Stade 4 : L’insuffisance rénale devient sévère : le débit de filtration glomérulaire est de 15 à 29 ml/min/1,73 m2. Le patient commence à être orienté et préparé pour pouvoir accéder à un traitement de substitution par dialyse ou transplantation rénale.
  • Stade 5 : L’insuffisance rénale est dite « terminale » : le débit de filtration glomérulaire est inférieur à 15 ml/min/1,73 m2. Les reins ne permettent plus d’épurer le sang. Deux alternatives sont possibles: une dialyse ou une transplantation.

Un diagnostic souvent fait au détour de la recherche d’une autre pathologie

La découverte d’une maladie rénale se fait très souvent lorsque la maladie atteint son stade terminal. Dans la majorité des cas, les personnes touchées par un problème aux reins ne commencent à présenter des symptômes qu’à un stade avancé de la maladie. Elle est très souvent découverte par hasard, au cours d’un examen effectué pour une autre raison (un bilan sanguin de check-up, une infection urinaire…). On estime que plus d’un tiers des personnes sont diagnostiquées au stade 5 de la maladie et doivent donc pris en charge en urgence.

Pour pallier ce phénomène, une grande opération de dépistage est organisée chaque année par l’association France Rein partout en France (du 4 au 11 mars 2023). L’objectif est de sensibiliser le plus grand nombre afin que la prise en charge soit la plus précoce possible. 

En quoi consiste le dépistage ?

Différents examens permettent de dépister une anomalie rénale. Ils consistent à rechercher des signes de maladie rénale chronique en l’absence de tout symptôme.

Ce dépistage repose sur :

  • Une analyse d’urine. Le prélèvement peut se faire à tout moment de la journée. On y recherche la présence d’albumine et on évalue le taux de l’albuminurie et de créatininurie (les urines d’une personne en bonne santé ne contiennent aucune protéine ni albumine). Ce prélèvement permet également de repérer la présence de protéines (ce qui est inhabituel) et d’estimer le nombre de globules rouges et globules blancs, ainsi que le taux d’urée (un déchet qui doit être éliminé par les reins).

  • Une prise sang. Elle vise à effectuer un dosage de la créatinine sanguine (un déchet métabolique qui doit être également évacué par les reins) qui permet de calculer le débit de filtration glomérulaire. Si ce débit diminue, il provoque une augmentation de la concentration des déchets dans le sang. Le taux de créatinine augmente alors dans le sang, ce qui signifie que la filtration par les reins fonctionne mal. Des résultats anormaux sont en règle générale, mis en évidence dès les premiers stades d’une anomalie rénale.

Si les résultats obtenus par ces deux examens font suspecter une maladie rénale, il est nécessaire de confirmer le diagnostic en les réalisant de nouveau sous trois mois et idéalement dans le même laboratoire. Des analyses complémentaires peuvent également être prescrites afin d’établir un bilan plus complet pour déterminer l’origine de la maladie.

  • Une échographie rénale. Elle consiste à visualiser les reins et les voies urinaires pour vérifier toute anomalie éventuelle telle qu’une asymétrie des reins, la présence de kystes ou toute autre masse qui pourraient être malignes.
  • Une biopsie rénale. Réalisée sous anesthésie locale, un prélèvement de tissu rénal est effectué puis analysé au microscope.

Les résultats obtenus permettent de déceler le stade d’avancement d’une maladie rénale plus ou moins sévère comme :

  • Des calculs rénaux ou « lithiase rénale ». Ce sont des cailloux (résidus de calcium) qui se forment dans les reins. Ils peuvent entraîner de vives douleurs appelées « coliques néphrétiques » lorsqu’ils migrent vers l’appareil urinaire.
  • Une infection rénale ou « pyélonéphrite ». Douleurs dans l’aine, fièvre, envie fréquente d’uriner, douleur lors de la miction, présence de sang dans les urines … cette infection très douloureuse survient généralement en raison d’une infection urinaire (cystite) non ou mal soignée qui a atteint progressivement les reins.
  • Une insuffisance rénale. Elle s’installe lorsque les reins n’ont plus la capacité de filtrer le sang. Les déchets et les liquides s’accumulent dans l’organisme. Elle se développe souvent à cause d’un diabète ou d’une hypertension artérielle. Si la maladie reste longtemps silencieuse, elle n’en est pas moins grave !
  • Des kystes. Un kyste rénal est constitué d’une poche de fluide qui se forme dans les reins. Généralement bénins, ils ne causent aucune complication, ni symptôme. Toutefois, si le kyste est trop volumineux, il peut perturber le bon fonctionnement du rein et entraîner une insuffisance rénale. Il est alors nécessaire d’effectuer une ponction ou une ablation sous coelioscopie.

Qui est concerné par le dépistage ?

Les personnes souffrant de diabète ou d’hypertension artérielle sont plus à risque de développer une maladie rénale. Ces pathologies dites « primaires » concernent plus de 90% des patients atteints d’une insuffisance rénale chronique.

Une prédisposition génétique, une obésité ou encore l’âge sont également des facteurs de risque. A partir de 60 ans, il est notamment conseillé de se faire dépister au moins une fois par an. Si une maladie rénale est diagnostiquée, un contrôle régulier est alors nécessaire chez un néphrologue. Le suivi médical dépend essentiellement du stade d’avancement de la maladie.

 

Sources :

 

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