Activité physique adaptée

Initiative de la newsletter n°16 du 26 janvier 2023

Les effets bénéfiques de l’activité physique sur la santé ne sont plus à démontrer. Les personnes dialysées y ont accès via l’activité physique adaptée (APA) proposée en centre de dialyse.

La participation à l’APA, animée par un kinésithérapeute ou un enseignant d’activité physique, n’est proposée que sur autorisation du néphrologue du patient et repose sur la base du volontariat. Létitia Suid, enseignante APA et intervenante au Centre de néphrologie La Riviera à Antibes, raconte : « À force de me voir passer avec le vélo, les ballons, les lestes, les élastiques, et d’observer les exercices que je propose, certains patients m’interpellent et me demandent à quoi ça sert. Je leur explique et ils se laissent convaincre. Je leur demande alors d’en parler avec leur médecin pour obtenir son accord et commencer l’aventure avec moi. »

L’activité physique des personnes dialysées est d’autant plus importante que les traitements imposent des temps d’immobilité itératifs. À cela s’ajoute la fatigue du traitement qui réduit encore l’envie de bouger. « L’activité physique adaptée que nous proposons aux patients lors de leurs séances de dialyse a pour objectif de diminuer la fonte musculaire, éviter l’émergence de problèmes musculosquelettiques telles des raideurs au niveau du dos ou des membres inférieurs, développer des processus d’activation de la circulation sanguine, participer au développement de réseaux secondaires, … », indiquent Éric Chamizo et Cédric Maurice, deux kinésithérapeutes qui interviennent à la Clinique Saint-Exupéry à Toulouse.

Lors des séances de dialyse, la durée, la fréquence et l’intensité de l’activité varient pour s’adapter à chaque patient. « Certaines personnes en font 1/4 d’heure alors que d’autres font des séances plus longues », indique Létitia Suid. Les exercices proposés anticipent la fatigue due au traitement. Le but n’est pas la performance physique même si les professionnels proposent une réévaluation régulière du temps d’activité ou des exercices proposés aux patients. « L’objectif est de permettre aux patients de conserver voire de gagner en mobilité, de permettre à certains d’assurer leurs besoins vitaux », explique Éric Chamizo. « Il n’y a pas de prétention ni d’objectifs systémiques mais le plaisir de profiter de ce maintien de l’autonomie de manière pérenne. »

Pour les patients atteints d’altérations cognitives, les occuper par des exercices physiques les calment. Sujets aux impatiences, ces derniers sont moins agités et supportent mieux la dialyse. « J’essaie de faire en sorte que les programmes d’entraînement mis en place améliorent la vie quotidienne du patient tant sur le plan physique que psychologique », précise Létitia Suid.

L’APA est aussi le moyen de développer une relation singulière avec le patient. « Nous les voyons trois fois par semaine durant des années. Nous sommes ainsi capables d’identifier les signes de fatigue de chacun, nous restons à leur écoute pour adapter quotidiennement l’activité physique », précise Éric Chamizo. À cette attention s’ajoute celle du personnel infirmier qui accueille et installe le patient. Toute contre-indication ponctuelle sera immédiatement communiquée et pourra entraîner une suspension ou une adaptation de l’APA. « L’hémodialyse est prioritaire, la séance d’activité physique n’est possible que si elle n’empiète pas sur le travail de l’équipe médicale et le bon déroulé de la séance de dialyse », insiste Éric Chamizo.

L’APA offre l’opportunité d’entrer dans une relation de confiance avec le patient dialysé, moralement atteint par sa pathologie au long cours, et qui bouleverse sa vie. « Le contact est important, enrichissant sans être évident », confie Cédric Maurice. « Nous devons faire preuve d’adaptabilité, d’empathie, d’écoute. » Sans ignorer la maladie, l’APA utilise le principe du renforcement positif : valoriser et mettre en avant ce dont les patients sont capables, en ayant conscience des limites et en insistant sur les progrès.

Les kinésithérapeutes ou enseignants APA déterminent un ordre de passage des patients en fonction de leurs habitudes et du temps d’activité. Ils prennent en compte la résistance des patients et s’organisent pour satisfaire chacun. « Mon organisation s’est articulée de manière à permettre à chacun de bénéficier de l’APA selon ses capacités. Je commence et termine toujours par les mêmes patients dans 95 % des cas, de sorte de rendre l’APA une composante sine qua none d’une journée type de dialyse » remarque Éric Chamizo. Cette régularité permet aussi de renforcer le lien entre le professionnel de santé et son patient.

La Clinique Saint-Exupéry dispose d’un établissement SSR qui prend en charge les patients néphrotiques pour 75 % de son activité. La séance de dialyse étant au cœur même du projet de soins proposé à ces patients, les traitements prodigués au sein du SSR (kinésithérapie / ergothérapie / etc…) s’adaptent aux besoins spécifiques de ces patients. Cela permet, depuis l’introduction de l’APA en 2020, une continuité du parcours de soins entre rééducation traditionnelle au sein d’un SSR et l’APA. « Le SSR restitue une condition physique que l’APA entretient, même après le retour au domicile du patient », note Éric Chamizo.

Létitia Suid travaille avec des patients parfois suivis par un kinésithérapeute en ville. Elle complète les exercices, en propose d’autres tout en prenant le temps d’échanger avec eux. Après avoir travaillé dans des salles de sport en tant que coach sportive, elle a repris une formation en « santé, vieillissement et APA » pour une pratique axée sur les seniors et leurs pathologies. « Je fais quelque chose d’utile et mon objectif est de faire évoluer progressivement les patients grâce à une approche humaine. »

Crédits photos : Lemco.dk